C’est l’arme secrète du potager de balcon.

Sans lui, vos chances de récoltes seront quasiment nulles.

Cet outil presque magique, non, ce n’est pas l’hôtel à insectes. C’est le pinceau.

Quand j’ai commencé à jardiner sur mon balcon il y a quelques années, j’ai été vite confrontée au problème suivant. Mon pêcher nain n’avait pas de pêches. Les fleurs de mes tomates tombaient. Mes fraises étaient difformes. Pourtant tout avait bien commencé et j’avais de belles plantes en bonne santé.

Heureusement, mon voisin, chercheur en biogénétique a très vite identifié le problème. « Les fleurs n’ont pas été pollinisées ». Tel a été son verdict inébranlable.

Ainsi, j’ai pu prendre conscience, à l’échelle bien modeste de mon balcon-jardin, de ce que la disparition des insectes pollinisateurs signifie pour l’humanité. Rien que ça…

Dans la nature, ce sont les insectes pollinisateurs qui se chargent de la pollinisation des fleurs. Du moins, quand il y en a encore, des insectes… La diminution inquiétante de leur nombre et en particulier celui des abeilles a fait la une de bien des rédactions. Depuis, le développement de la sensibilité écologique, et qui sait, la vision grotesque de hordes de paysans armés de pinceaux ont fait le reste. Résultat : de nombreuses initiatives se sont formées pour aider les abeilles en ville.

Erreur sur la personne

La bonne nouvelle d’abord : les populations d’abeilles en ville ne se sont pas seulement stabilisées. Elles atteignent des records avec une densité de ruches au m² qui devient… inquiétante.

Car il y a abeille et abeille.

Avec l’installation de ruches en milieu urbain, l’abeille domestique s’est multipliée en ville. La gentille petite Maya nous fournit son miel et nous est donc fort sympathique. Elle a juste un petit défaut, elle est du genre à piller le buffet avant les autres.

L’abeille sauvage apriori ne nous fournit… rien. Un peu maladroite, quand elle arrive sur nos balcons-jardins, nectar et pollen ont déjà été récoltés. Pourtant, et c’est bien là l’injustice, le travail des pollinisateurs sauvages (dont les abeilles sauvages) est beaucoup plus efficace que celui de l’abeille domestique. Une étude menée au Royaume Uni a montré que seul 1/3 de la pollinisation était effectuée par l’abeille domestique.

Indispensable à la pollinisation des végétaux, l’abeille sauvage compte toujours parmi les espèces d’insectes les plus menacées. Voilà pour la mauvaise nouvelle.

Comment reconnaitre les abeilles sauvages ?

Maintenant que vous avez fait brièvement connaissance de notre héroïne du jour, vous vous demandez sans-doute comment réparer cette terrible injustice et aider les abeilles sauvages en ville.

Pour le commun des mortels, il n’est pas toujours facile de distinguer une abeille sauvage d’une abeille domestique au premier coup d’œil. Sauf s’il s’agit d’un bourdon peut-être… Si vous n’êtes pas pris d’une soudaine panique au moindre bourdonnement, vous pouvez quand même tenter d’observer la petite bête. Indice qui ne trompe pas : l’abeille domestique possède des « poches » sur les jambes (qu’elle se remplit abondamment au buffet).

Les abeilles sauvages, quant à elles, sont un peu moins « présentables » et ont tendance à se mettre du pollen partout, d’où leur aspect un peu poudré. Du gros bourdon à l’abeille sauvage miniature mesurant seulement 4mm, les différences de taille sont énormes. Et je ne parle pas des différences de couleurs.

Aider les abeilles sauvages en ville : possible ou pas ?

En bonne petite travailleuse pragmatique, l’abeille sauvage ne viendra se poser sur votre balcon-jardin que si vous lui offrez le gîte ET le couvert. Car nos petites butineuses n’aiment pas s’éloigner de leur progéniture très longtemps et n’iront pas faire des kilomètres pour rechercher de la nourriture adéquate.

Or elles sont souvent un peu difficiles, on dit plutôt « spécialisées ». Sur un certain type d’habitat et / ou sur un certain type de plantes (voire sur certaines plantes bien précises). Cela signifie que pour attirer une espèce d’abeille spécifique (il en existe plus de 1000 en France), des connaissances sur leurs préférences en termes de logis et de régime alimentaire sont nécessaires. Bien évidemment, les espèces d’abeilles sauvages les plus menacées sont aussi les plus spécialisées. Leurs besoins étant si spécifiques qu’il est quasiment impossible de remplacer leur milieu naturel.

Inutile de préciser que la plupart des « hôtels à insectes « vendus dans le commerce sont totalement inadaptés au mode de vie des abeilles solitaires. Et la plupart des mélanges de graines de plantes mellifères s’adressent aux besoins de l’abeille domestique.

Alors tout est-il perdu ?

Les abeilles sauvages privilégient souvent les fleurs sauvages comme le pissenlit.
Photo par Lorenzo Ranuzzi sur Unsplash

C’est avec une toute autre intention que j’avais commencé à écrire cet article.

Je voulais vous parler de fleurs et de nichoirs, de bourdons et d’osmies… Je voyais des jardinières remplies de fleurs des champs et j’entendais le bourdonnement des abeilles voletant au soleil. J’aimerais pouvoir croire que quelques jardinières sur nos balcons-jardins pourraient sauver le monde…

Quelques recherches sur le sujet m’ont cependant vite confrontée à la réalité. La vérité : la seule vraie solution est de conserver ou de reconstituer le milieu naturel des abeilles sauvages. Et non, vous ne sauverez pas les insectes avec votre balcon-jardin.

MAIS.

Car oui, il y a un mais. Aider les abeilles sauvages en ville est un geste symbolique. En effet, elles, et tous les autres pollinisateurs encore trop méconnus, auraient bien besoin d’un petit coup de pouce et d’attention médiatique.

Si un balcon champêtre où volètent les insectes peut nous aider à une prise de conscience, eh bien pourquoi pas ? D’ailleurs, d’autres insectes pourraient vous être utiles également au balcon-jardin. Pour cela, ne vous jetez pas sur le premier « hôtel à insecte » du discounter du coin. Je vous invite bien plus à vous informer et à miser sur des méthodes de jardinage plus respectueuses de la nature.

A l’avenir, vous ne verrez peut-être plus la petite plate-bande « désordonnée » du coin de la rue de la même façon. Et qui sait, peut-être pourrez-vous bientôt ranger votre pinceau…

Et vous, que faites-vous pour aider les abeilles sauvages en ville ? Quelle est votre opinion ? Dites-le-nous dans les commentaires. Et si cet article vous a plus, n’hésitez-pas à le partager.

PS : La vision de champs entiers pollinisés au pinceau n’est pas si grotesque que ça d’ailleurs, puisque la pollinisation humaine existe déjà dans certaines régions du monde.

Photo par Tania Malréchauffé sur Unsplash

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6 thoughts on “Aider les abeilles en ville : pourquoi je n’ai pas d’hôtel à insectes

  1. Et bien encore un article où j’en apprends beaucoup, je vais faire plus attention aux abeilles que je croise cet été pour essayer de les reconnaître ^^

  2. Merci pour cet article très intéressant ! J’ignorais que les abeilles sauvages pollinisaient plus que les autres !

    1. Je ne m’étais penchée sur la question plus tôt non plus. C’est important de s’informer avant d’agir et de ne pas faire juste comme les autres.

  3. Javais aussi entendu parler de ces histoires de pinceaux (ou coton tiges je crois), en répercussion de la politique d’extermination des moineaux par Mao Zedong (moineau = voleur de grains > tuons les moineaux > surpopulation d’insectes > surconsommation d’insecticides > plus d’abeilles > fertilisation au coton tige) mais je ne savais pas du tout qu’il y avait eu le même phénomène (enfin, tout du moins les mêmes conséquences) en Europe 😮

    1. Je pense que la situation n’est pas aussi dramatique en Europe. Mais quand on jardine en ville, les insectes se font parfois un peu rares et là, il est parfois nécessaire d’avoir recours à une pollinisation manuelle.
      Eh oui, tu as raison, le coton tige fonctionne très bien aussi 😉

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