Pour terminer ce cycle dédié à la phénologie, voici donc la dernière et cinquième saison du calendrier, j’ai nommé, l’hiver. En Europe, l’hiver phénologique commence en général vers la fin novembre et dure environ jusqu’à la mi- ou la fin février.

Les activités commençaient déjà à se faire plus rares à la saison précédente, l’automne, mais en hiver, la nature se met tout bonnement en repos. Le signe qui ne trompe pas : les derniers arbres caducs comme les chênes ou dans les régions montagneuses les mélèzes finissent eux-aussi par perdre leurs feuilles (ou leurs aiguilles).

Quelques plantes se démarquent des autres et fleurissent même à cette saison sinon fort paisible. C’est le cas par exemple du jasmin d’hiver à fleurs jaunes, de l’hellébores et de l’hamamélis.

L’hiver phénologique, une période de repos

Sauf exception, comme nous le venons de le voir, l’hiver est cependant dans les zones tempérées une période où la nature semble endormie. Quand les bourgeons sur les arbres, les graines et les bulbes attendent des jours meilleurs, on parle même de dormance.

A cette saison, tout semble figé. Mais à quoi sert donc cet apparente immobilité ? Eh bien, la dormance ou le repos hivernal des végétaux est là aussi le résultat d’une incroyable stratégie de survie de la nature. D’ailleurs on trouve un phénomène similaire dans le monde animal (avec l’hivernation par exemple), mais cela est un autre sujet.

Les arbres en perdant leurs feuilles se protègent avant tout contre la sécheresse qui règne en hiver quand le sol est gelé et que les réserves d’eau sont inaccessibles. En effet, c’est par les feuilles qu’ils se déshydratent le plus. Leurs bourgeons, déjà formés à la fin de l’été sont protégés du froid par d’épaisses écailles et une couche de cire. De même, les vivaces, en laissant se dessécher toutes leurs parties aériennes survivent sous terre où elles sont mieux protégées contre le froid. Les annuelles quant à elles ont produit des graines à la fin de l’été qui seront prêtes à former de nouvelles plantes dès que les conditions climatiques le permettront. Encore un détail étonnant : les plantes au feuillage persistant produisent leur propre antigel sous forme de sucre qui empêche l’eau de geler dans les cellules des feuilles.

La nature est donc au repos certes, mais tout se prépare déjà pour la saison suivante.

Et que fait le jardinier ?

Prenons-en donc de la graine (haha) et laissons-nous quelque peu inspirer par la nature. Pas la peine de tomber dans une activité frénétique bien sûr ! Mais pour le jardinier avisé, il y a toujours quelque chose à faire, même sur un balcon ou une terrasse.

Le soin des arbres et arbrisseaux

Si vous avez des arbres nains (comme des arbres fruitiers par exemple), l’hiver est la période traditionnelle pour les soigner.

La taille

Commençons par mettre les choses au clair à ce sujet. Il existe des arguments pour pratiquer la taille des arbres en hiver. La structure des arbres est plus facilement visible et les risques de maladies cryptogamiques sont limités. Mais la taille en fin d’été a elle aussi des avantages. En particulier, il semblerait que les blessures provoquées par la taille cicatrisent plus rapidement en été. Certaines mauvaises langues disent que la taille en hiver s’est propagée tout simplement parce que les jardiniers avaient plus de temps… Ce n’est pas pour cela une mauvaise raison, remarquez !

Par ailleurs, il s’agit d’un sujet fort vaste et souvent controversé. Je ne suis pas jardinière professionnelle et ne peut donc aborder que très superficiellement ce sujet. Je vous invite dans tous les cas à vous renseigner sur les besoins spécifiques de vos arbres et arbrisseaux. Attention, certaines espèces se remettent très mal d’une taille, surtout si elle est radicale. D’autres en ont absolument besoin pour produire ou fleurir à la saison suivante. Dans le doute, consultez un professionnel.

Quelques règles à connaitre :

Dans tous les cas, si vous vous lancez en hiver, respectez ces quelques règles :

  • Le moment idéal est au mois de janvier ou février, avant la reprise de la croissance.
  • Les températures doivent être au-dessus de -5°c.
  • Procédez par temps sec.
  • Coupez si possible des branches entières, évitez de tailler « un peu partout », ce qui multiplie les blessures.
  • Utilisez des outils propres et bien affutés.

La protection des troncs

Si votre balcon ou votre terrasse sont soumis à de fortes variations de températures (entre le jour et la nuit par exemple), badigeonnez le tronc de vos arbrisseaux avec du blanc arboricole. Ce produit naturel à base de chaux protège l’écorce fragilisée par les changements de température.

De plus, la couche protectrice protège le tronc des coups de soleil. Enfin, elle empêche les champignons de se développer sur l’écorce et elle élimine les œufs et larves d’éventuels insectes nuisibles (mais pas seulement celles-ci, le pour et le contre sont à peser donc).

Le blanc arboricole s’applique au pinceau en pratiquant de haut en bas. Là aussi, choisissez une période hors-gel et hors précipitations.

Les autres soins

C’est aussi à cette saison que traditionnellement les traitements contre les maladies cryptogamiques ou certains nuisibles (en particulier sur les arbres fruitiers) s’effectuent. Cependant, les traitements classiques (comme malheureusement la bonne vieille bouillie bordelaise) sont nuisibles pour l’environnement et polluent les sols. Je vous invite donc à réfléchir à leur nécessité sur un balcon ou une terrasse et à vous reporter si besoin est à des traitements plus naturels (décoctions d’ortie, de prêles, bicarbonate, etc…).

Les semis : et pourquoi pas ?

L’hiver n’est vraiment pas la saison principalement associée aux semis. Mais le jardinage n’est pas une science exacte, et rien ne vous empêche de faire des expériences si le cœur vous en dit. Si faire une pause pendant quelques mois vous rebute et si les doigts verts vous démangent, pourquoi donc ne pas profiter d’un autre stratagème imaginé par la nature, celui de la stratification ou de la vernalisation.

Même si beaucoup de plantes n’apprécient pas le froid au moment de la floraison, elles ne sont pas toujours aussi frileuses ! En effet, beaucoup de plantes adaptées au climat tempéré de nos régions ont même besoin du froid qui stimule leur croissance. Si la plante a besoin de froid pour germer, on parle de stratification. Si elle en a besoin pour fleurir, on parle alors de vernalisation, même si les deux termes sont souvent utilisés l’un pour l’autre.

Quelle astuce encore une fois ! Imaginez la plante laissant tomber ses graines à la fin de l’été. Au début de l’automne, les températures sont encore clémentes et les graines pourraient commencer leur œuvre immédiatement. Mais le temps se détériore vite et la luminosité diminue. La floraison pourrait ainsi se faire en hiver au plus mauvais moment.

Or, la graine a besoin de froid pour produire les hormones nécessaires à la germination. C’est la stratification. Grâce à ce phénomène, ce n’est qu’après les périodes de froid et en fin d’hiver que la graine se réveille pour donner naissance à une nouvelle plantule. C’est tout simplement génial !

En pratique, que veut dire la stratification ?

Certains producteurs de graines vendent des graines stratifiées. C’est-à-dire qu’elles ont reçu un traitement au froid les rendant « prêtes à l’emploi ». D’autres jardiniers font subir à leurs graines ou à leurs semis un passage au réfrigérateur pour simuler ce phénomène.

Une autre solution, toute naturelle et toute simple, est de faire des semis l’hiver et de les placer à l’extérieur. Entre nous, c’est bien plus pratique que de mettre ses godets au frigo… L’inconvénient est cependant que les conditions extérieures sont beaucoup moins contrôlées. Chaque espèce a des besoins spécifiques qu’il n’est pas toujours facile de respecter. Ceci qui peut réduire le taux de réussite de vos semis. En général, les plantes concernées ont besoin de températures entre 0 et 5°c pour 4 à 8 semaines ainsi que d’un milieu humide.

Si vous avez de telles conditions sur votre balcon et que vous ne vous lancez pas dans une culture intensive, je vous invite là aussi à essayer. Beaucoup d’espèces sont concernées. Je n’en citerai que quelques-unes : l’allium, l’ancolie, la primevère, l’échinacée, le tournesol, la lavande mais aussi au potager l’ail des ours, l’aneth, la ciboulette, la sauge…

Pour en savoir plus sur le phénomène, je vous invite également à consulter cet article très bien fait.

Quelles récoltes en hiver ?

Si vous avez semé des salades d’hiver, de la mâche ou quelques épinards à l’automne, peut-être pouvez-vous encore faire quelques dernières récoltes tardives.

Mais la verdure comestible commence à se faire bien rare sur les balcons et terrasses. Pourtant, vous vous demandez peut-être que faire des aromates persistants, ces stars des potagers de balcon. Eh bien, sachez qu’il est tout à fait possible de poursuivre les récoltes, avec modération toutefois.

Même en hiver, la récolte des aromates est possible.
Photo par Lisa sur Unsplash

Les sous-arbrisseaux ligneux comme la lavande, le thym, le romarin, la sauge, la sarriette de montagne (à ne pas confondre avec la sarriette des jardins, une annuelle) ou l’herbe à curry restent verts toute l’année et vous pouvez sans problème en récolter quelques brins par ci par là. Il en est de même pour le persil ou la coriandre vietnamienne qui, au contraire de la coriandre commune, est vivace. Quelle joie de mettre un peu d’épice dans son assiette à cette saison !

Pour les plus patients

Pour les jardiniers plus désireux d’attendre le retour des beaux jours avant de se lancer, pas de problèmes ! Contenter vous de faire un peu de nettoyage ou de rangement et protégez vos plantes du froid si nécessaire. N’oubliez pas non plus d’arroser les plantes au feuillage persistant ainsi que les arbrisseaux de temps en temps. Mais même les plus frileux ne resteront pas sur leur faim. Prenez un bon livre de jardinage, laissez-vous inspirer et méditez sur la saison à venir. Il n’est jamais trop tôt pour commencer à rêver.

En commencant cet article sur l’hiver phénologique, je pensais qu’il serait très court. Ma foi, il n’y a pas grand’chose à faire à cette saison et donc pas grand’chose à dire… C’était sans compter sur l’ingéniosité de la nature. Décidément, elle m’étonnera toujours. La dernière saison de ce cycle, l’hiver phénologique est bien plus qu’une fin. C’est un nouveau départ qui se prépare en silence, à pas de velours. Il se passe bien plus qu’il n’y parait et les doigts verts peuvent encore être bien occupés, mais sans stress.

Si cet article vous a plu, n’hésitez pas à le partager. N’hésitez pas non plus à raconter vos observations hivernales sur vos balcons-jardins dans les commentaires ci-dessous.

Photo de tête par Michal Ico sur Unsplash

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